Qu’est-ce que le Coublac, et comment l’attraper
Consultons le Grand Marcel,
répertoire universel des créatures littéraires :
Coublac, n. m.
(abréviation de Nicolas Coublac, de Nikolaios Coublacus) : mammifère
textivore à langage articulé, vivant dans les régions imprécises situées entre
la Terra Litterae et le monde réel. Le Coublac est une forme de rat de
bibliothèque pourvu d’yeux de cinéphile et d’oreilles de mélomane. Il résulte
d’un croisement entre son être ordinaire et sa personnalité secrète.
Signe
particulier : hypertrophie de l’imaginaire.
Alimentation : textes en tous
genres qu’il ingurgite et régurgite sous forme d’écrits personnels.
Habitudes : remplit des carnets
avec des idées de nouvelles, qu’il gribouille le soir, dans son lit.
Scriptographe nocturne, le Coublac est difficile à observer en pleine activité
créatrice. Auteur compulsif de textes courts, il vient d’en écrire un, ou est
en train de l’écrire, ou bien il songe déjà au prochain texte à écrire.
Comment l’attraper : on ne peut
pas. Il se dédouble et passe dans son monde imaginaire.
Alors ? …On peut observer ses
traces, sous forme de textes, de récits, à lire, à savourer…
Plus sérieusement :
Acte I,
scène 1
Une table
ronde, des micros, deux chaises. Deux hommes entrent et s’assoient.
Le
journaliste : Qui êtes-vous, Nicolas Coublac ?
L’auteur : Un
amateur de textes et d’œuvres littéraires, et un passionné de voix humaine.
Ceci m’amène à m’intéresser au théâtre, au chant, mais aussi au roman et à la
nouvelle, car leur lecture déclenche en nous des « voix »
intérieures.
Le
journaliste : Qu’écrivez-vous ?
L’auteur :
Parfois des poèmes, mais j’ai débuté dans l’écriture par des pièces pour
jeunes, puis des sketchs humoristiques pour tout âge. Depuis 2007 je suis
nouvelliste : nouvelles à chute, nouvelles policières, psychologiques ou
fantastiques, suivant l’inspiration !
À l’origine il s’agissait pour moi de participer à des concours
d’écriture. Ma première nouvelle a remporté le deuxième prix au concours
« Le Mystère du mot dérobé » à Nantes en 2008, en hommage à Thomas
Narcejac, du tandem Boileau – Narcejac.
Le
journaliste : Dès votre premier essai ? Cela a dû vous
encourager très fortement !
L’auteur, rougissant : Oui, c’était un très
bon signe… Plus tard j’ai eu d’autres prix : ma nouvelle « La
Créature des Profondeurs » a reçu le troisième prix de la nouvelle
fantastique à St Julien de Concelles (44) en 2009. « Le Ravage du grand
appartement » a été sélectionnée dans les cinq nouvelles qui remportent le
prix Imperial Dream en 2011
(publication en recueil chez Mille Plumes). Euh… Et « La Salade
absolue » était Prix Coup de Cœur au concours de Château d’Olonne en 2011
également, une grande année ! Ces modestes succès m’ont grandement
encouragé… Depuis j’écris surtout pour le plaisir, même s’il m’arrive d’être
stimulé par un concours ou d’y envoyer un texte déjà écrit. Parfois j’écris des
poèmes qui s’intègrent à mes récits. Fin 2012, ma production s’élève à une trentaine
de nouvelles.
Le journaliste : Vous limitez-vous à
l’écriture, strictement ?
L’auteur : Non,
j’ai été acteur amateur au sein de la troupe de « L’Enclin » à Cholet
(49) où j’habite, pendant cinq ans, pour jouer et mettre en scène
collectivement avec les autres acteurs une pièce de Feydeau : « Feu
la Mère de Madame ».
Puis
j’ai volé de mes propres ailes en mettant en scène des spectacles que j’avais
écrits :
« Fantômes enchanteurs », une
fantaisie mixant les situations de Beaumarchais dans « Le Mariage de
Figaro » et des airs de Mozart extraits de son opéra « Les Noces de
Figaro ». Ce spectacle a été conçu avec les professeurs de chant Christine
Monimart et Bernard Boudier et présenté en avril 2006 à la Chapelle St Louis du
Conservatoire du Choletais (auditorium JS. Bach). Les élèves des classes de
chant lyrique assuraient la partie chantée en italien, accompagnés au piano
(version « de travail » des airs de l’opéra) et portaient des costumes
prêtés par le TRPL (Théâtre Régional des Pays de la Loire). La partie théâtrale
était constituée des scènes que j’avais écrites et qui étaient jouées par les
membres de « L’Enclin ». Ces scènes permettaient, à travers un
dialogue vivant et drôle, de suivre l’action de l’opéra et de faire le lien
entre les airs chantés.
« Cent ans c’est épatant ! Un siècle au
collège République » était un spectacle de sketchs pour le centenaire de
cet établissement de Cholet. Il date de septembre 2009. Ces dix sketchs que
j’avais écrits et mis en scène étaient joués par des élèves et des professeurs
du collège (dont moi-même). L’évolution du monde scolaire vue avec humour et
vivacité, en dix sketchs, un par
décennie à partir de la date de création du collège (1909, 1919, 1929, … …
1999). Une traversée du XXe siècle, avec l’évolution des modes de vie,
illustrée par des chansons d’époque, servant d’intermèdes (en enregistrements
originaux).
En
décembre 2011 j’ai repris ces sketchs en les associant avec d’autres pour « Des Vies en Ville », un
spectacle de 14 sketchs joué par des adolescents, des adultes et moi-même (le
GRAAL, Groupe d’Acteurs Amateurs et Libres !). La vie d’une ville, les
rencontres et les échanges des habitants, formaient cette fois le fil conducteur
de ce petit spectacle. Il s’agissait d’une prestation offerte par la
Médiathèque de Cholet pour les fêtes de fin d’année, dans le cadre des
après-midi de décembre, qui ont lieu tous les ans ; nous avons joué à la
Salle Araya de la Médiathèque.
Depuis début 2011 j’assure « Nouvelles en Voix » à la
Médiathèque de Cholet (49) : lecture
de nouvelles en public, le deuxième samedi du mois de 16h 30 à 18h, entrée
gratuite. Dans une salle intime, asseyez-vous dans un fauteuil confortable,
laissez-vous aller dans la lumière tamisée d’une petite lampe, et oubliez tout…
Je vous lis des histoires complètes, des textes courts, des nouvelles que la
voix vient animer. On peut me poser des questions : j’adore dialoguer avec
mes auditeurs ! En 2011 les lectures étaient consacrées aux nouvelles de
grands auteurs. En 2012, les animatrices culturelles de la Médiathèque m’ont
proposé de lire mes propres textes. C’est donc avec plaisir que début 2013, je
peux fêter le premier anniversaire de ces lectures de mes nouvelles. Chaque
séance de l’année écoulée a été l’occasion de faire entendre deux ou trois
nouvelles, jamais les mêmes. Les
encouragements des animatrices, Christine Parès et Eloïse Lhôtel, et des
auditeurs qui se déplacent pour m’écouter, sont toujours d’un précieux
soutien !
Certains
de ces textes ont été l’objet de lectures
à plusieurs voix avec les acteurs de Studio
10, troupe d’amateurs choletais, en novembre 2012. Nous avons préparé ce
projet (à nouveau une excellente idée de Christine et Eloïse !) dès le mois
de juin précédent. Robert Bouron, le metteur en scène de Studio 10 (section adultes) a réparti les « voix » en
distribuant les rôles, avec mon accord, à l’intérieur des sept nouvelles que
les acteurs avaient choisies. Nous les avons lues dans les différents centres
sociaux de Cholet et du Puy Saint Bonnet, pour animer les « Relais
Lecture » coordonnés par la Médiathèque de Cholet. La dernière lecture a
d’ailleurs été présentée dans ce lieu, Salle Araya.
Cette
expérience très enrichissante a été l’occasion de faire connaître mon travail
et d’entendre mes textes incarnés par les comédiens de Studio 10, tous
excellents, dans une activité contraignante pour les acteurs : une lecture
impose de jouer en toute sobriété, avec la voix, le visage, un ou deux gestes,
et c’est tout… À partir de très peu d’effets, on suggère beaucoup !
Le
journaliste, à part :
On ne peut plus l’arrêter, quand il se lance, celui-là ! (Haut.) Et quel est votre univers ?
L’auteur, embêté : Hum, vaste question…
Disons que j’essaie de créer des nouvelles qui offrent tout un monde en
quelques pages. Qu’elle soit oppressante ou amusante, la nouvelle doit suggérer
son univers particulier dès le début, être bien construite et vous emmener par
étapes jusqu’à la page finale où les situations trouvent leur résolution, la
« chute » (qui peut d’ailleurs vous prendre par surprise et tout
remettre en cause). L’humour, parfois « noir », l’émotion, l’étrange,
la poésie d’une situation, l’humanité d’un personnage, le goût du suspense, la
force évocatrice des lieux…peuvent être mes guides.
Parmi
mes thèmes favoris, on trouvera les mondes imaginaires et leur rapport avec le
réel, donc les liens de l’art et de la vie. Plusieurs de mes nouvelles tendent
à montrer que la vie intérieure d’un personnage est au moins aussi importante
et forte que ce qu’on appelle la « réalité ». Notre imaginaire aussi
est réel !... Parfois la nouvelle montre le monde réel dévoré par le monde
imaginaire, par une obsession, une folie… Une production culturelle, un vieux
film ou un recueil de poèmes oubliés, va alors prendre un pouvoir fantastique
dans le récit. Manière de montrer que la culture c’est aussi la vie…
Le
journaliste, qui baille :
À propos, dans la vraie vie, vous faites quoi ?
L’auteur, énervé : La « vraie
vie », ça n’existe pas, la vraie vie ! C’est un mythe ! Vous me
faites rire… Nous avons tous deux vies : la vie banale, celle que chacun
peut voir tous les jours, et la vie magique : notre vie intérieure, la
seule vraie vie qu’il nous soit donné de vivre, et qui puise sa source dans les
émerveillements de notre enfance… (Après
un effort pour se calmer.) Enfin, bon, si vous voulez absolument le savoir,
je suis professeur de Lettres dans un lycée de ma ville, Cholet. Evidemment, la
fréquentation des grands auteurs, ça aide pour écrire… Et ça rend
modeste !
Le
journaliste, un peu rassuré
de le voir se calmer : Justement, quels sont vos modèles ?
L’auteur, plus souriant : Oh, mon admiration
va aux nouvelles de Roald Dahl (ses textes pour adultes), et d’autres Anglo-Saxons :
Edith Wharton, Frederic Brown, Ray Bradbury, HP. Lovecraft, Edgar Poe, FS.
Fitzgerald, R. Matheson… Chez les Français (qui négligent trop souvent la
nouvelle !) Maupassant bien sûr, un modèle de style, Jean Ray, Marguerite
Yourcenar, Fred Kassak ; d’autres écrivains étrangers encore :
Julio Cortázar, JL. Borges, Dino Buzzati, Saki… Des maîtres
du récit bref et intense, souvent fantastique, mais aussi lié à l’observation
sociale et humaine en général. Sans oublier Arthur Conan Doyle, l’auteur des
nouvelles policières qui mettent en scène Sherlock Holmes ! Une des
grandes lectures de mon adolescence…
Le
journaliste : Eh bien, Nicolas Coublac, il me reste à vous
remercier pour nous avoir confié ces quelques informations personnelles. Pour
terminer, si vous aviez à choisir une devise ?…
L’auteur : Ce
serait « Pour les mots et pour l’émoi ! »
Le
journaliste, riant :
Tout un programme, en effet ! (Jingle.)
Et à présent voici la page météo…